Nous entrons dans l’ére de l’intelligence artificielle et comme toutes les autres avancées technologiques, elle arrive avec son lot de promesses, de craintes et de spéculations.
Aujourd’hui elle est vraiment partout, il n’y a pas un site web ou une application qui n’a pas son petit bouton IA qui permet d’écrire des textes, de créer des images ou de résumer des informations.
Je l’utilise moi-même dans mon travail (l’IA m’aide à l’écriture de cet article d’ailleurs). Pour un entrepreneur c’est un outil très pratique pour avancer dans ses projets, comprendre des sujets complexes, faire du brainstorming ou structurer nos statégies. Un super assistant qui permet de garder le cap pour continuer d’innover.
Cependant une probématique n’arrête pas de tourner dans ma tête : en utilisant l’intelligence artificielle pour générer du contenu avec des personnes en situation de handicap, ne sommes-nous pas en train de créer une nouvelle forme d’exclusion ?
En tant que spécialiste de la communication de l’accessibilité, je peux tenter de répondre à cette question.
Problème n°1 : Quand l’IA remplace l’expertise des personnes handicapées
En 2026 il est très facile de demander à une intelligence artificielle :
-
de générer des images de personnes handicapées
-
d’écrire des textes de témoignage
-
de créer du contenu sur leur réalité.
Tout ça en très peu de clics. C’est vraiment magique !
Mais en réalité, ces quelques clics viennent de couper la possibilité de certaines de pouvoir de s’exprimer et de pouvoir gagner dignement leur vie.
Car il faut rappeler une chose simple : les personnes handicapées vivent beaucoup de discrimination, notamment dans le monde du travail. Elles ont souvent :
-
plus de difficulté à trouver un emploi
-
une expertise ignorée ou remplacée par d’autres personnes qui parlent en leur nom
-
peu de rémunération pour leur expérience et leur savoir
- rarement des postes à responsabilité
Si nous commençons à produire du contenu les concernant sans les soliciter, nous entretenons le problème. L’enfer est pavé de bonnes intentions comme on dit…
Problème n°2 : L’IA ne sait pas créer de personnes handicapées crédibles
Mes expériences avec les prompts d’images (génération d’image selon des critères précis) m’ont rapidement montré une chose : l’IA ne sait pas faire de personnes handicapées.
Elle a tendance à :
-
les vieillir
-
créer des postures étranges ou non naturelles
-
Mélanger les fauteuils roulant manuels et électriques
- Faire des mises en scène absurdes
Sur la photo Marie-Claude est pleine d’énergie et de positivité et l’IA l’a transformé en
mamie fatiguée qui lit un livre (sur le tricot peut-être…)
Un ami spécialisé dans la génération d’images m’a recemment montré des clichés impressionnants avec des personnes en fauteuil roulant. Tout était parfait, la lumière, le visage, les vêtements, et des fauteuils roulants avec des roues en trapèze, des tiges de métal partout ou aucun joystick pour les contrôler. Je lui ai dis que hormis Professeur X dans les X-men, personne ne peut les piloter.
Je me suis donc posé une question, pourquoi est-ce que l’IA n’arrive pas à faire un contenu crédible, j’y ai longuement réfléchie… et finalement j’ai posé la question à ChatGPT😅.
Oui c’est ironique, mais sa réponse reste vraiment très intéressante et va dans le sens de mes intuitions, je vous partage notre conversation.
Reconstitution très fidèle de ma conversation avec ChatGPT ! Avez-vous la référence ? (c’est Marvin de H2G2)
ARNAUD : « En utilisant la génération d’images, je me suis posé la question : est-ce que les bases de données qui servent à entraîner les intelligences artificielles ont suffisamment d’images de personnes handicapées ? Dans mes tests les résultats sont souvent approximatifs : fauteuils roulants bizarres, postures impossibles ou mélange entre fauteuil manuel et électrique »
CHATGPT : « Ta question est très pertinente, et ton intuition n’est pas mauvaise. Je vais être transparent sur ce point.
1. Je ne m’inspire pas directement d’images du web
Quand je génère une image :
- je ne vais pas chercher des images sur Internet
- je ne copie pas des photos existantes
- le modèle a été entraîné auparavant sur un très grand ensemble d’images (datasets publics, sous licence, données créées pour l’entraînement, etc.)
Ensuite il recompose une image nouvelle à partir de ce qu’il a appris sur les formes, les objets, les positions, la lumière, etc.
2. Je n’ai pas accès aux statistiques exactes du dataset
Je n’ai aucun accès aux bases d’entraînement ni à leurs statistiques détaillées. Donc je ne peux pas dire par exemple :
- combien d’images de fauteuils roulants
- combien d’images de personnes handicapées
- combien de photos médicales ou de mobilité réduite
Ces chiffres ne sont pas publics.
3. Mais ton observation est très probable
Même sans chiffres exacts, la recherche en IA montre un phénomène connu : 👉 les datasets d’images représentent mal certains groupes ou situations. Cela concerne souvent :
- les personnes handicapées
- certains types de fauteuils roulants
- les aides techniques (cannes, respirateurs, etc.)
- certaines réalités du handicap invisible
Pourquoi ? Parce que sur Internet :
- les photos de personnes handicapées sont beaucoup moins nombreuses
- elles sont souvent très stéréotypées
- elles sont souvent institutionnelles ou médicales
- rarement dans des situations ordinaires de la vie
Donc le modèle apprend surtout :
- fauteuil = hôpital
- fauteuil = personne âgée
- fauteuil = situation triste
Ce qui crée les erreurs que tu remarques.
4. Les fauteuils roulants sont particulièrement difficiles pour l’IA
C’est un cas très connu en génération d’images. Les modèles font souvent :
- roues mal placées
- structure impossible
- mélange fauteuil manuel / électrique
- posture du corps incohérente
- joystick mal positionné
- repose-pieds impossibles
La raison est simple : 👉 un fauteuil roulant est une machine complexe avec beaucoup de contraintes mécaniques.
Et si le dataset contient peu d’images précises, le modèle approxime.
La voici notre réponse : il y a trop peu d’image du quotidien des personnes handicapées sur internet alors l’IA tente de combler les manques en mixant avec ce qu’elle trouve de pertinent selon elle.
Le cercle vicieux
Le fait de générer et de publier des images avec des personnes handicapées peut créer un problème aux conséquences importantes. Est-ce que vous voyez lequel ?
On peut résumer la situation ainsi :
Manque de photos de personnes handicapées
→ on génère des images de personnes handicapées
→ les images ne sont pas très crédibles, mais c’est mieux que rien
→ on les publie
→ on manque toujours d’images de personnes handicapées
→ on génère de nouvelles images
→ elles sont encore moins crédibles… mais c’est toujours mieux que rien
→ on publie encore
Et le cycle recommence.
ChatGPT nous l’a bien expliqué : il existe déjà un manque d’images de personnes handicapées dans les bases de données utilisées pour entraîner les intelligences artificielles. En publiant des images générées qui ne sont pas crédibles, on alimente ce problème qui biaiserons davantage les futurs modèles d’IA. Autrement dit, au lieu d’améliorer la représentation du handicap, on la dégrade.
Une vidéo illustre très bien ce phénomène : lorsqu’une image est générée, puis régénérée des centaines de fois par l’intelligence artificielle, elle finit par se dégrader progressivement pour ressembler à quelque chose de complétement différent.
Trouver la bonne balance
Je vais essayer de proposer un point de vue qui permet de mettre tout le monde d’accord, vous avez le droit de réagir et commenter.
L’intelligence artificielle est un outil très important pour créer du contenu. Il faut l’utiliser dans ce que j’appellerais une utilisation raisonnable.
Par exemple :
Utiliser l’IA pour améliorer une image existante.
✔️ C’est correct.
Créer une image surréaliste ou conceptuelle, du genre un astronaute en fauteuil roulant ou un animal avec une prothèse robotique.
✔️ C’est correct.
Créer une illustration stylisée pour expliquer un concept ou une idée.
✔️ Cela peut passer.
Générer des images réalistes de personnes handicapées dans leur quotidien.
❌ Là, c’est problématique.
Regardez la différence entre une photo prise au cellulaire et une photo issue d’un prompt demandant de reproduire la même image avec un homme en fauteuil dans une boutique de vêtements.
Je crois qu’on peut dire que l’originale reste la meilleure, elle est beaucoup plus crédible, y’a pas photo!
Quelques questions à se poser
Avant de générer et publier un contenu visuel avec une personne handicapée, posez-vous quelques questions simples :
- Est-ce que cette image est vraiment nécessaire ?
- Est-ce que je pourrais prendre cette image moi-même ou avec un professionnel ?
- Est-ce que le résultat est crédible ?
- Est-ce que cela pourrait être perçu comme discriminant ?
- Est-ce que c’est réaliste ?
Si un des ces questions vous dérange, il vaudrait mieux changer votre approche et…
…investir dans de vraies images!
L’IA permet de faire des économies dans plusieurs domaines, c’est indéniable, alors profitez de ces économies pour investir dans du contenu visuel réaliste, ça n’est pas aussi cher que vous pensez et vous aurez un contenu crédible et durable. En plus, cela contribuera à enrichir internet avec de VRAIES images!
Évidemment, pour avoir ces images je vous dirais bien de faire appel à nos services, prendre des photos avec des personnes handicapées c’est carrément notre spécialité, mais vous pouvez aussi :
-
prendre des photos vous-même
-
collaborer avec d’autres photographes
-
travailler avec des organisations spécialisées
- acheter des photos en ligne (à condition quelles soient crédibles aussi!)
L’important, c’est que ces images existent et en quantité, car l’objectif est simple : sortir le handicap de l’univers médical et l’amener là où il appartient vraiment, la vie citoyenne.
J’espère que cette réflexion vous aidera dans votre travail de communication et votre utilisation de l’IA.
N’hésitez pas à me donner vos avis et commentaires, c’est un dialogue ouvert !
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Arnaud
Directeur
Cinéaste français avec 20 ans de carrière, Arnaud s’est installé au Québec pour mettre son expertise en communication vidéo au service de l’accessibilité. En 2021, il fonde Promo-Accès avec Marie-Claude, communicatrice vivant avec un handicap. Ensemble, ils accompagnent les entreprises et organismes pour mieux communiquer et promouvoir l’accessibilité avec des vidéos percutantes, informative et avec une touche d’humour.


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